PROLOGUE
L'agression
Dans le hall de son immeuble, trois de ses voisins le dévisageaient en silence. Hugo, le jeune étudiant qui habitait au même étage que lui, et un couple de personnes âgées qu’il n’avait guère croisé depuis son emménagement.
La tension, palpable, accéléra son rythme cardiaque. Enzo déglutit. Une sueur froide coula entre ses omoplates.
Comment se débarrasser d’eux ?
Un tic nerveux parcourut sa joue. S’en montrerait-il capable ?
— Bonjour, leur dit-il, hésitant.
Ils ne lui répondirent pas.
Et s’il se trompait ? Si tout ne se révélait qu’une grossière erreur ? Son mal de crâne empirait. Que s’apprêtait-il à faire ?
Enzo passa des mains moites sur son visage. Ne pas se laisser contaminer. Ne pas flancher.
L’atmosphère s’alourdit et, sur sa peau, quelques gouttes d’humidité perlèrent. Enzo inspira profondément. L’air avait un goût fleuri, mâtiné de rance.
Dans la cage d’escalier, des bruits de pas résonnèrent. D’autres voisins arrivaient. Il devait agir avant, et vite !
Enzo se dirigea d’un mouvement décidé vers les garages. Une main glacée le saisit par l’épaule au moment où il accédait à la porte. Il se retourna : le vieil homme le retenait.
— S’il vous plaît, mon garçon, dit ce dernier d’une voix chevrotante.
Enzo sourcilla. Pourquoi essayait-il de discuter avec lui ? Pour l’amadouer ? Le tromper ?
— Arrêtez-vous deux secondes, insista l’ancien.
Non, pour lui faire perdre du temps. D’un instant à l’autre, tout l’immeuble les rejoindrait. Alors, il serait trop tard.
— Désolé !
Il banda ses muscles et repoussa l’octogénaire avec force. Ce dernier atterrit brutalement sur les fesses. Enzo entendit un craquement. À son âge, les os se fragilisaient beaucoup, non ?
Il se reprit. Que faisait-il ?
Les grands miroirs qui longeaient les murs de part et d’autre du hall reflétaient à l’infini la scène. Lui, debout, en position d’attaque, et le papi à terre, sans défense.
Trop tard pour reculer.
Enzo se retourna pour regagner les garages ; Hugo lui barrait le passage. Il hésita un instant. Sur la figure de l’étudiant, l’enfance s’attardait encore. Hugo avança vers lui et Enzo fit un pas en arrière. Sa main gauche frôla l’extincteur.
— Stop ! lui intima-t-il.
Son voisin de palier ne l’écouta pas et continua à marcher vers lui.
Le martèlement des semelles dans la cage d’escalier se rapprochait. Un troupeau d’éléphants n’aurait pas fait plus de bruit. Combien étaient-ils ?
— Laisse-moi passer ! tenta une fois de plus Enzo.
Peine perdue. Ils ne lui permettraient pas de s’échapper. Pas après ce qu’il avait déjà commis. Il représentait un danger pour elle, à présent.
La porte qui menait aux étages grinça, et une première personne engagea sa tête dans l’entrebâillement.
Enzo saisit l’extincteur et, d’un geste circulaire, frappa le crâne de son voisin. Hugo s’écroula à terre. Sans plus attendre, Enzo lâcha son arme improvisée et se précipita en direction des garages.
Avait-il cogné trop fort ?
Tout basculait. À peine deux semaines après son déménagement, voilà qu’il s’attaquait aux habitants de son immeuble. Pouvait-il tomber plus bas encore ?